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Les Inrockuptibles
Il a donc fallu sacrifier les Smashing Pumpkins pour en revenir là : étrange et douteux sabordage, qui ressemble à ces faillites honteuses d’entreprises renaissant immédiatement, lavées de leurs dettes publiques et de leurs employés, sous un autre sigle. Billy Corgan a donc fait le nettoyage dans ses faire-valoir – ne conservant de ses Citrouilles écrabouillées que la frappe lourde, rustre et douloureuse du batteur butor Jimmy Chamberlin, miraculeusement revenu en odeur de sainteté.
Pour sa nouvelle garde-robe, le chauve le plus célèbre de Chicago n’a recruté que dans l’électricité haut de gamme, au pedigree et à la crédibilité art-rock indiscutables : son nouveau supergroupe, Zwan, a ainsi embauché Paz Lenchantin, bassiste aux états de service remarquables, de Queens Of The Stone Age à A Perfect Circle. Mais c’est aux guitares que le recrutement a été le plus audacieux, le plus inattendu : Matt Sweeney, des intransigeants Chavez, tient le côté droit de la scène. La gauche, c’est la plus grande surprise, est réservée à l’homme qui, avec Spiderland de Slint, en 1991, a révolutionné la pratique de la guitare électrique : David Pajo. Que cet orfèvre, ce rénovateur humble et cet infatigable collaborateur de l’excellence ait choisi de coopérer avec une diva au songwriting aussi discutable demeurera à jamais un mystère.
Car, dès que l’électricité s’affole et que la batterie charge au bulldozer, Billy Corgan ne connaît encore et toujours qu’un même tour de passe-passe, éculé (de ta race) : faire jouer les mélodies de Cure par les métalleux complexés de Cheap Trick, un jour de rage de dents en plus. Et Corgan demeure un piètre dompteur de la furie, un songwriter laborieux dans la tourmente. Car Zwan, suite piteusement logique des Smashing Pumpkins, reste sourd aux possibilités inouïes offertes par son réservoir humain, méprisant toute expérimentation, tout risque, au profit d’un stadium-rock tellement pompeux et dépassé qu’on frise la parodie – même Spinal Tap n’aurait jamais osé un titre comme Baby Let’s Rock!… On rêvait que ces musiciens affranchis déteignent sur Corgan : son écriture étriquée a été leur bâillon.
Jean-Daniel Beauvallet
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